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Maison d’exception : La Villa Savoye

Nouvelle catégorie sur le blog : les billets que j’ai nommé Maison d’Exception. Régulièrement, je souhaite vous partager ces résidences coup de cœur. On va ensemble essayer de comprendre leur histoire, comment elles sont nées et comment elles ont traversé les âges. On débute cette série, il y a environ 100 ans 🤯, dans une petite ville paisible aux abords de Paris où un ovni architectural de 440 m² va sortir de terre.

 

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Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir visiter la Villa Savoye à Poissy 🏠, icône révolutionnaire du mouvement Moderne, imaginé par l’architecte Le Corbusier. Cette villa, aussi baptisée Les Heures Claires est le résultat d’une commande par le couple Savoye. Cette promenade architecturale aura connu un réel tumulte depuis sa construction de 1928 à 1931, jusqu’à aujourd’hui. Réquisitionnée pendant la guerre, menacée de destruction, elle fut finalement sauvée et est désormais classée Monuments Historiques depuis 1965. Puis, classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’Unesco en 2016. Vous me suivez à travers cette balade architecturale ? 👇🏻

 

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L’architecte

Le Corbusier, de son vrai nom Charles-Édouard Jeanneret, avait une vision très singulière de l’architecture. En pleine époque Art Déco, il décide de prendre le contre-pied et de proposer quelque chose de plus épuré dans l’esthétisme, aussi bien intérieur qu’extérieur. Il renie le futile et ce que font ses collègues contemporains du moment, pour imposer une architecture simple et symétrique, rare pour l’époque.

 

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La Villa Savoye viendra clôturer sa série des villas blanches, où l’architecte expérimente et innove. L’architecture moderne remplace le travail manuel par une industrialisation mécanique. On y retrouve des lignes minimales et épurées, de grandes fenêtres pour faire rentrer un maximum la lumière naturelle, des plans d’étages spacieux et ouverts et surtout des matériaux comme l’acier, le béton et le verre.

Cette villa sera pour Le Corbusier l’aboutissement de sa réflexion sur l’habitat où il espère créer une “machine à habiter” et une “machine à émouvoir”. Baptisée Les Heures Claires”, elle offre une réelle fluidité entre intérieur et extérieur, elle est d’ailleurs considérés comme son œuvre la plus aboutie de la villa puriste.

 

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Les cinq points d’une architecture nouvelle

Les principes fondamentaux qui représentent cette architecture expérimentale et moderne sont formulés par Le Corbusier en 1927. On les retrouve d’ailleurs tous dans la Villa Savoye :

▪️ Les pilotis : ils libèrent l’espace au sol, rendant la construction visuellement plus aérienne. Ils sont disposés de telle sorte qu’ils permettent la circulation d’une voiture en dessous.

▪️ Le plan libre : ce terme devient vite un concept central. Le point principal est de faire rentrer un maximum la lumière du soleil, pour cela, on remplace les murs porteurs par des poteaux-dalles en béton armé ou en acier. Il est ainsi plus libre de cloisonner selon les différentes expositions.

 

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▪️ La façade libre : elle n’exerce plus sa fonction première de mur porteur, car elle est désormais libérée par les poteaux en béton armé. Elle devient donc plutôt un atout majeur dans l’apport de lumière à la villa, car on peut percer où on le souhaite et donc créer ces fenêtres en longueur.

▪️ La fenêtre-bandeau : elles offrent une vue panoramique tout autour de la maison C’est un point fort de cette modernité architecturale, où la fenêtre horizontale est plutôt là pour offrir un cadre de vie sur l’extérieur.

 

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▪️ Le toit-terrasse : Le Corbusier transforme ce qu’on connaissait d’une toiture traditionnelle. Ici, elle devient plate et permet l’installation d’un solarium et d’un jardin dit idéal, un lieu qui pousse à la déconnexion. Le Corbusier a défendu ce projet contre la réticence de la famille, en mettant en avant son coût de réalisation faible et le fait de profiter d’un emplacement idéal pour faire sa gymnastique.

 

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La naissance de la Villa Savoye, cette Maison d’Exception

L’histoire commence avec Monsieur Pierre Savoye souhaitant offrir à sa femme pour ses 40 ans, une résidence secondaire aux abords de Paris. Elle devait être faite dans le but de se reposer et de recevoir des amis le week-end. M. Savoye, cofondateur de la société d’assurance Gras-Savoye, travaille et vie la semaine avec sa famille sur la capitale. Ce couple bourgeois originaire du Nord de la France possède alors sept hectares sur un magnifique plateau arboré dominant la vallée de la Seine.

Sur le conseil des Church, un couple d’amis, ils décident de faire appel à l’architecte Le Corbusier, en lui laissant quasiment carte blanche. En effet, Eugénie Savoye écrit dès les prémices du projet à ce dernier pour lui faire part de ses quelques exigences pour la villa : chauffage central, isolant pour les murs extérieurs, et un plein pied mise à part sa chambre qui doit être à l’étage.

Malheureusement, les architectes ne vont pas vraiment faire selon ses souhaits. Voilà comment Le Corbusier imagine la villa Savoye : “Quatre murs semblables percés en ceinture tout autour d’une fenêtre unique coulissante.” Ces façades similaires sont révolutionnaires pour l’époque et font disparaître cette notion d’avant et d’arrière d’une maison. De plus, le rez-de-chaussée de 60 m² est destiné plutôt à la voiture, de telle sorte que la limousine puisse circuler autour de la maison sans difficulté. On y trouve également les chambres de service et la lingerie. Puis, le reste des pièces de la maison va se concentrer sur les deux étages supérieurs.

 

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Au premier étage, on a le droit à une superbe vue sur la nature et de manière très ingénieuse, les pièces sont organisées selon la course du soleil. On y retrouve une grande pièce de vie, qui donne en continuité sur la terrasse. Il y a aussi la cuisine carrelée de carreaux en céramique blanche, épurée et fonctionnelle, elle me fait penser à un laboratoire. Puis, il y a les chambres, équipées de salle de bain et de rangements intégrés. Dans la chambre parentale, une méridienne carrelée à côté de la baignoire, suggère la célèbre chaise longue, LC4.

 

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Au second étage, on retrouve le toit-terrasse, qui offre une réelle osmose avec la nature environnante et laisse place à la contemplation voulue par Le Corbusier. Ce jardin suspendu offre un magnifique puits de lumière dans quasiment chaque pièce de la maison. Et pour finir, il y a le solarium constitué de murs arrondis évoquant le style “paquebot” de l’époque.

 

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La villa offre une double circulation en son sein : l’escalier hélicoïdal destiné aux domestiques et la rampe pour les maîtres et leurs invités, symbole de l’architecture corbuséenne.

 

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À la fin des travaux, la villa aura coûté 900 000 francs ce qui représente en réalité le double du budget alloué au départ pour le projet.

 

La Villa Savoye à travers les âges

Mais malheureusement, dès l’installation de la famille dans la villa en 1931, de nombreux problèmes surgissent : étanchéité des terrasses, absence de chauffage et humidité. Il y a eu plusieurs courriers recensés entre les commanditaires et l’architecte sur de nombreux soucis d’infiltrations, inhérent à la conception. Eugénie Savoye s’exprime dans une lettre datée du 7 septembre 1936 : “Il pleut dans l’entrée, il pleut dans la rampe et le mur du garage est complètement trempé. Il pleut dans ma salle de bains qui est inondée à chaque pluie”.

Bien que l’envie d’innovation de Le Corbusier ait été pressante pour ce projet, certaines technologies n’étaient pas encore au point pour l’époque. La famille souhaite engager des poursuites à l’encontre de l’architecte, qui lui ne s’avère pas très pressé de résoudre ces problèmes. Cependant, l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale lui évite les tribunaux et la famille Savoye part s’installer aux Etats-Unis. C’est alors que la villa est réquisitionnée et occupée par les Allemands, puis par les alliés à la libération. À la fin du conflit, la maison est laissée dans un état catastrophique, la famille Savoye renoncera à y retourner. Celle-ci sera utilisée par la suite pour entreposer du foin et plus tard comme centre culturel pour les jeunes de la ville. La maison est ensuite abandonnée une nouvelle fois.

En 1956, la ville de Poissy souhaite alors récupérer cet immense terrain pour y faire construire un lycée et donc raser la Villa Savoye. La ville obtient le titre de propriété en 1958 et veut aller au bout de son action. Cependant, Le Corbusier, aidé par une mobilisation internationale auprès d’André Malraux, ministre de la Culture, réussira à la sauver. En 1963, l’Etat rachète le bâtiment et 6 hectares sont tout de même cédés à la ville de Poissy pour la construction de son lycée.

À partir de là, la villa va connaître trois périodes de restaurations afin de lui redonner sa beauté d’autrefois : 1964 par Le Corbusier de son vivant, 1967 par l’architecte Jean Dubuisson, puis la dernière en 1997 pour que le public puisse enfin découvrir le lieu. Des recherches vont être faites afin de retrouver devis et factures pour lui redonner ses couleurs d’origine. Couleurs auxquelles Le Corbusier portait d’ailleurs une attention particulière : “elle modifie nos comportements, agit sur notre sensibilité et notre psychologie, elle permet la mise en valeur ou l’effacement des parois, selon qu’elles sont en pleine lumière ou dans la pénombre…”.

 

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Le mot de la fin,

Icône puriste ou cadeau empoisonné, la Villa divise et fait parler d’elle dans le monde architectural. Elle reste malgré tout un emblème de l’architecture moderne, qui a permis de mettre en avant certaines erreurs de conception. Celles-ci seront corrigées et améliorées par la suite, durant l’après-guerre pendant la période de reconstruction.

Aujourd’hui, c’est pour moi un bijou précieux difficile à conserver, mais qui suscite en moi, comme l’aurait voulu Le Corbusier “surprise” et “émerveillement”.

 

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Si vous souhaitez en savoir plus :

 

Visite de la Villa Savoye

 

 

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À très vite ! 🌿

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